Blog des éditions LOCOMOTIVE

  • Gurs, un camp de concentration en France ?

    Quand on parle du Camp de Gurs, on le définit souvent comme un camp d’internement. Parfois comme un camp de concentration. Cependant, la différence entre un camp de concentration et un camp d’internement réside principalement dans leur objectif et leur fonctionnement.

    Un camp de concentration ?

    Les régimes totalitaires utilisent souvent les camps de concentration comme lieux de détention pour emprisonner en masse des individus, généralement pour des raisons politiques, ethniques ou religieuses. Ces régimes répriment et persécutent ainsi certaines catégories de personnes considérées comme indésirables ou dangereuses pour le régime en place. Les prisonniers des camps de concentration endurent souvent des conditions de vie extrêmement difficiles. Des travaux forcés, la malnutrition, la torture et l’extermination systématique. Comme ce fut le cas dans les camps nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Un camp d’internement ?

    En revanche, les autorités utilisent généralement un camp d’internement pour détenir des personnes considérées comme une menace pour la sécurité nationale ou l’ordre public. Elles établissent ces camps pendant des conflits armés ou des périodes d’instabilité politique. Les individus internés peuvent être des ressortissants étrangers, des réfugiés, des opposants politiques ou d’autres groupes ciblés par les autorités pour des raisons de sécurité. Les conditions de vie dans les camps d’internement peuvent varier, mais ils ne sont pas spécifiquement conçus pour l’extermination ou l’anéantissement systématique des détenus.

    Cependant, il convient de noter que la distinction entre un camp de concentration et un camp d’internement peut parfois s’avérer floue, car les termes sont interchangeables selon le contexte historique et géographique. Alors, Gurs, est-il un camp de concentration ?

    Un camp aux multiples facettes

    Le régime de Vichy utilisait le Camp de Gurs, un camp d’internement situé dans le sud-ouest de la France, pour interner et détenir des personnes considérées comme indésirables, notamment des réfugiés politiques, des Juifs, des Roms et des militants antifascistes. Pourtant, le Camp de Gurs est un camp d’internement, et non un camp de concentration.

    Le camp de Gurs ouvre ses portes cernées de barbelés en 1939 dans le sud-ouest de la France, près de la frontière espagnole. Au début, il est principalement utilisé pour interner des réfugiés espagnols qui fuient la guerre civile en Espagne. Cependant, après l’occupation de la France par l’Allemagne nazie en 1940, le camp a été agrandi et transformé en un camp d’internement pour les personnes considérées comme une menace pour le régime nazi.

    Le régime de Vichy, le gouvernement français collaborant avec les nazis, a participé à la gestion du camp. Gurs était surpeuplé, avec des conditions de vie très précaires. Les prisonniers ont faim. Ils souffrent de malnutrition et de mauvais traitements. Le camp de Gurs a interné plus de 60 000 personnes entre 1939 et 1945.

    La guerre progresse. Par conséquent, on déporte de nombreux prisonniers de Gurs vers d’autres camps de concentration en Europe. Notamment Auschwitz. La plupart des détenus juifs seront victimes de la Shoah.

    Aujourd’hui, le site de l’ancien camp de Gurs est un lieu de mémoire. Un mémorial rappelle les souffrances endurées par les internés. Il sert de rappel tragique des atrocités commises de 1939 à 1945.

  • « Fragments d’un parcours aventureux » par Claude Blanchemaison

    Après Le Monde selon Garp de John Irving, roman baroque sur les absurdités de l’existence, voici un autre Monde, bien réel celui-là : celui de Claude Blanchemaison. Ancien Ambassadeur de France, il n’a cessé de parcourir
    la planète, de Moscou à Madrid, de Hanoï à New Delhi, observant les soubresauts de l’Histoire depuis les coulisses de la diplomatie. Mais à travers son dernier ouvrage, Fragments d’un parcours aventureux (Éditions Temporis, 2025), ce n’est pas seulement le diplomate qui se dévoile, mais un homme curieux, passionné et parfois malicieux, qui livre sa vision intime du Monde.

    Claude Blanchemaison ne déroule pas un récit linéaire, mais une mosaïque
    d’instants. Chaque fragment est une porte ouverte : un souvenir, une rencontre, une réflexion. De « l’enfance dans la petite cité royale de Loches » (Fragment n°1) aux «Bons baisers de Russie » (Fragment n°20), l’ensemble compose un autoportrait en mouvement, où se mêlent lucidité et humour discret. On y croise des dirigeants, bien sûr, mais aussi des anonymes qui incarnent et colorent la vie quotidienne. Apparaît même son labrador indien dont Jacques Chirac demande des nouvelles.

    Le choix du fragment est révélateur. Après tant d’années passées dans le langage codifié des télégrammes, l’ancien ambassadeur préfère une forme libre, vivante, faite de surprises et de détours. Là où tant de mémoires diplomatiques paraissent solennelles, presque figées, Claude Blanchemaison choisit une écriture légère et mobile. Ses fragments se lisent comme un voyage : un amour de Vietnam » (Fragment n°15), « un pas de côté au Bhoutan » (Fragment n°19), ou encore « faire de notre voisine, l’Espagne, une véritable alliée » (Fragment n°23). À chaque étape, le regard se déplace, s’élargit, s’approfondit.

    Le lecteur fait et défait ses valises avec lui, qui se définit comme un coureur de fond solitaire. Ce n’est pas un parcours officiel, mais un carnet de bord sensible. C’est ce qui fait la force de ce livre : montrer que la diplomatie, au fond, est aussi affaire de rencontres et d’instants partagés.

    « Fragments d’un parcours aventureux » se lit comme une traversée où l’on découvre les missions multiples d’un haut diplomate qui n’a jamais craint de déplaire, n’en déplaise à certains. Claude Blanchemaison n’offre pas une théorie des relations internationales. Il propose quelque chose de plus rare : l’art de raconter le Monde tel qu’il se vit, à hauteur d’homme. Et la dernière étape, « le passage à une autre vie, après 40 ans au service de l’État » (Fragment n°25), n’est pas une conclusion mais une ouverture : transformer un parcours officiel en mémoire partagée. Peut-être est-ce là, dans ces fragments, que se dessine la vraie diplomatie.

    Lire « Fragments d’un parcours aventureux », c’est accepter de voyager sans carte. On s’y perd parfois, on s’y retrouve toujours. Comme lectrice, j’ai été frappée non seulement par la richesse des anecdotes, mais aussi par la sincérité d’un ton qui laisse place à l’humour et à l’émotion. Claude Blanchemaison écrit comme il a vécu : avec curiosité, intensité et cette part d’imprévisible qui fait de chaque détour une rencontre. Et c’est peut-être cela, au fond, qui touche le plus : la conviction qu’il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous.

  • Direction Geüs d’Oloron, dans le département des Pyrénées-Atlantiques en région Nouvelle Aquitaine. Samedi 28 septembre, des bénévoles des villages de la vallée de Josbaig s’y sont retrouvés lors de la Pastorale qui a retracé l’histoire du camp de Gurs et de la vie en Béarn durant la Seconde Guerre mondiale. 150 jeunes, moins jeunes, actifs, retraités ont donné
    ensemble un spectacle émouvant et vibrant. C’est la première fois que les locaux racontent l’histoire de ces années sombres. Devant plus de 1200 spectateurs.

    Un spectacle au cœur de la mémoire collective

    Le petit village de Geüs d’Oloron, habituellement paisible, s’est métamorphosé le temps d’une journée en un véritable théâtre en plein air. Plus qu’un simple spectacle, la Pastorale a réuni les habitants de la vallée autour d’un projet commun : faire revivre l’histoire du camp de Gurs, un lieu encore trop souvent méconnu, mais qui fut marqué par la tragédie et l’exil. Ce camp, construit en 1939 pour accueillir les réfugiés espagnols fuyant la guerre civile, est
    devenu durant la Seconde Guerre mondiale un camp d’internement pour de nombreux juifs, résistants, et opposants politiques.


    La Pastorale, cette forme de théâtre populaire typique du Pays-Basque, a été choisie pour transmettre cette histoire douloureuse. Le choix de cette forme d’expression n’est pas anodin : il s’agit d’une tradition ancrée dans la culture
    souletine, où la communauté se retrouve pour évoquer les grands événements, mêlant chansons, récits et mises en scène théâtrales. Pour la première fois, cette tradition s’est penchée sur le camp de Gurs, mêlant la voix des anciens, la fougue des jeunes, et la sensibilité de ceux qui ont grandi avec les échos de ce passé silencieux.

    Des acteurs locaux pour un récit authentique

    Ce spectacle, imaginé et mis en scène par Dominique Lagrave, ancien maire de Préchacq-Josbaig, a pris forme après des mois de préparation et de répétitions. Dominique, membre de l’Amicale du Camp de Gurs et guide bénévole avait à cœur de transmettre de manière fédératrice cette histoire. Il lui aura fallu quatre années – Covid oblige – pour élaborer le scénario, écrire les dialogues et concevoir les décors. Aidé de Claude Parbaub à la mise en scène. Tout cela en accord avec Claude Laharie, historien reconnu pour ses travaux sur le camp de Gurs et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans le sud-ouest de la France.


    Ils étaient 150 sur scène, mais derrière ce nombre, c’est tout un réseau de villages qui s’est mobilisé pour rendre ce projet possible. Les bénévoles ont travaillé main dans la main : les uns ont apporté leurs talents de comédiens
    amateurs, d’autres ont prêté main forte pour la scénographie, les costumes, ou encore la recherche d’accessoires. Sans compter les deux chœurs,
    les voix de Gurs et le Groupe Evada. Accompagnés au piano par Mélina Burlaud et par le ténor Gorka Robles Alegria. Claude Lacour, maire de Geüs d’Oloron à la voix off.


    Pour Anaïs, une habitante de la vallée de Josbaig qui a participé à la Pastorale, l’émotion était palpable : « C’est la première fois que nous mettons en lumière cette partie de notre histoire. Nous avions tous entendu parler du camp, mais jamais nous n’avions vraiment partagé ces récits entre nous. Le spectacle nous a permis de redonner une voix à ceux qui ont vécu ces moments difficiles. » Les acteurs, de tous âges et de tous horizons, ont ainsi incarné non seulement les figures historiques des internés, mais aussi les habitants de l’époque, témoins silencieux ou acteurs discrets de ces événements.

    Faire résonner l’histoire pour les nouvelles générations

    La Pastorale a non seulement permis de mettre en avant l’histoire du camp de Gurs, mais elle a également eu un impact sur la transmission de la mémoire aux plus jeunes. De nombreux jeunes de la vallée ont pris part à la mise en
    scène, découvrant ainsi une part de l’histoire locale très longtemps absente des manuels scolaires. « Participer à ce spectacle m’a fait comprendre l’importance de ne pas oublier », confie Valentin, 27 ans. « On pense que l’Histoire se passe loin de chez nous, mais en réalité, elle est aussi dans nos villages, dans nos familles. »


    Cette Pastorale a donc joué un rôle clé dans la sensibilisation des nouvelles générations, tout en créant un pont entre les générations. Les jeunes acteurs ont travaillé avec les aînés, échangeant des anecdotes, apprenant les gestes et les chants traditionnels, mais surtout, redonnant vie à ces souvenirs qui semblaient s’effacer avec le temps. Le spectacle est ainsi devenu un véritable projet intergénérationnel, où chacun a trouvé sa place et apporté sa pierre à l’édifice.

    Un hommage vibrant aux oubliés de l’Histoire

    « Le bonheur s’écrit avec des pointillés et le malheur avec des traits ». Sur scène, les moments forts se sont enchaînés, entre rires et larmes, chacun des 16 tableaux retraçant une facette différente de l’histoire du camp et du contexte béarnais. Les 1200 spectateurs, constitué d’habitants locaux, mais aussi de visiteurs venus des quatre coins du département, a été transporté par la force des récits. La Retirada, la construction du camp, les témoignages des internés, le passage du Tour de France, le début de la guerre, les séparations des familles, l’école sous Pétain, les déportations des juifs, etc. Les moments tragiques mais aussi de solidarité et d’espoir, ont été rendus avec une justesse poignante. José de Sola, parrain du spectacle, interné à l’âge de sept ans au Camp de Gurs a pleuré pendant toute la représentation. « Pour moi, ce n’était pas du théâtre, c’est ma vie. »


    La Pastorale a aussi mis en lumière le rôle complexe des habitants de la région pendant ces années sombres : certains ont aidé les internés, d’autres ont fermé les yeux par peur ou par indifférence. Ces choix, parfois douloureux
    à évoquer, ont été traités avec sensibilité, sans jugement, mais avec la volonté d’amener le public à réfléchir sur la place de chacun dans de telles situations.

    Un projet appelé à perdurer

    Face au succès de cette première représentation, les organisateurs espèrent que le spectacle pourra voyager et toucher un plus large public. « Nous voulons continuer à raconter cette histoire, pour que personne n’oublie ce qu’il
    s’est passé ici », explique Evelyne Garcia, membre du comité organisateur.


    La Pastorale de Josbaig a donc réussi son pari : faire revivre l’histoire pour mieux la comprendre, et faire en sorte que, grâce à la force du théâtre et de
    l’engagement collectif, le passé résonne encore dans le présent.

  • Neuvième épisode du podcast « Du Camp de Gurs à Auschwitz »

    Le Camp de Gurs, un lieu chargé d’histoire, et le jumelage de Navarrenx, une amitié franco-allemande qui perdure. En effet, de la restauration du cimetière des déportés aux échanges culturels, en passant par la solidarité sans
    frontières et le rôle de l’Europe, cette histoire est une véritable leçon
    de mémoire et d’amitié.

    Les bases du jumelage, la restauration du cimetière des déportés


    Dans les années 1950, Monsieur et Madame Chabrerie s’installent dans la région de Gurs. Monsieur Chabrerie, ancien consul de France dans les Pays de Bade, entreprend la restauration du cimetière des déportés, un lieu laissé à l’abandon. Grâce à leurs efforts et à leur détermination, le cimetière est restauré et devient un lieu de mémoire pour les victimes du camp de Gurs. Cette initiative inspirante a jeté les bases du jumelage entre Navarrenx et une ville allemande.

    L’Amicale du Camp de Gurs

    logo de l’Amicale du Camp de Gurs

    Fondée en 1980, l’Amicale du camp de Gurs regroupe les anciens internés, leurs familles, leurs amis et les sympathisants. L’association organise des visites guidées du camp, en particulier pour les écoles, afin de transmettre la mémoire et les valeurs démocratiques et républicaines. Des lycéens du département se mobilisent en tant qu’ambassadeurs de la mémoire, s’engageant pleinement dans cette démarche de transmission.

    Le projet pédagogique autour de l’exil et de l’immigration

    Le collège de Barétous d’Arette a mis en place un projet pédagogique portant sur l’exil et l’immigration, intitulé « Pourquoi partir ? »Les élèves ont étudié les événements historiques, notamment la guerre d’Espagne, et ont visité le camp de Gurs pour mieux comprendre les conditions de vie des déportés. Ce projet a permis une réflexion approfondie sur l’histoire et les enjeux contemporains liés à l’exil.

    Témoignage d’une jumelle de la première heure

    Madame Marie-Luce Casamayou, une des premières personnes impliquées dans le jumelage de Navarrenx, partage son témoignage émouvant. Elle raconte alors comment elle a accompagné les premiers Allemands lors de leur visite à Navarrenx et comment cette expérience a renforcé les liens entre les deux régions.

    Les joies du Jumelage, une amitié franco-allemande qui perdure

    Le comité de jumelage de Navarrenx et sa région a pour mission de maintenir et renforcer les liens d’amitié entre les nations. Les échanges entre la France et l’Allemagne sont marqués par des moments forts et des souvenirs inoubliables, tels que les réceptions chaleureuses et les sorties en Forêt Noire. Le jumelage a également été l’occasion de démontrer une solidarité sans frontières, où l’entraide et l’engagement sont mis en avant.

    Le jumelage, l’élargissement des horizons

    Le comité de jumelage de Navarrenx et sa région s’engage donc à élargir les horizons des jeunes en leur offrant des opportunités de voyages et de découvertes. Les échanges culturels et éducatifs permettent aux élèves de vivre des aventures enrichissantes et de se sensibiliser aux différentes cultures. Cependant, il reste un défi de motiver et d’intéresser les jeunes à participer à ces échanges.

    L’Europe comme défense contre les menaces

    Le comité de jumelage de Navarrenx et sa région croit en l’Europe comme une défense contre les menaces qui pèsent sur le monde. L’amitié franco-allemande incarne les valeurs fondamentales de l’Europe. Le jumelage joue un rôle clé dans la préservation d’un espace de paix et de sécurité. En effet, en favorisant les liens entre les nations européennes, l’Europe se positionne comme un rempart contre les divisions et les courants politiques menaçants.

    Jumelage-francoallemand-navarrenx-rheinstetten


    Cette histoire du camp de Gurs et du jumelage de Navarrenx est par conséquent une véritable leçon de mémoire, d’amitié et d’ouverture. En définitive, elle nous rappelle l’importance de ne pas oublier les événements tragiques du passé. Tout en construisant un avenir fondé sur la solidarité, le dialogue, et le respect mutuel.

  • La littérature au service de l’Histoire

    Primo Levi - Le devoir de mémoire

    Quel est le lien entre la Littérature et l’Histoire ? Sont-elles les meilleures ennemies ou se complètent-elles ?

    L’extermination massive des Juifs d’Europe, qu’on appelle holocauste ou en hébreu Shoah qui signifie catastrophe, est un des événements les plus marquants du XXe siècle. L‘horreur des camps de la mort a frappé la conscience et l’imaginaire collectifs de l ‘Occident. Dès la découverte des camps par les alliés en 1945, plusieurs penseurs et écrivains se sont questionnés à savoir comment on pouvait raconter et représenter cet événement si incompréhensible et indicible.

    Le devoir de mémoire

    La réflexion se poursuit et l’art a souvent pris différentes formes pour représenter l’événement. Le cinéma, pour sa part, s’est intéressé maintes fois à la Shoah, en effet nous n’avons qu’à penser à « La liste de Schindler » de Steven Spielberg. Du côté des arts visuels, il y a de nombreux artistes qui ont créé des œuvres et même des monuments à la mémoire de la Shoah tels que Christian Boltanski. Certains survivants des camps comme Primo Lévi ou Jorge Semprun ont eu recours à la littérature pour raconter leur histoire.

    « Nous, les rescapés, nous sommes des témoins et tout témoin est tenu, même par la loi, de répondre de façon complète et véridique ». Primo Levi – Le devoir de mémoire

    La Shoah, événement intime et historique

    Il est intéressant de regarder de près la production littéraire des témoins pour comprendre la façon dont ils rendent compte de la Shoah, événement à la fois intime et historique. En effet, le témoignage écrit, réalisé sur le long terme, permet d’étudier la représentation du passé de l’individu qui témoigne, par le choix des mots et la construction du récit. Le support écrit permet au témoin de revenir sur son témoignage, de le retravailler afin qu’il corresponde au mieux à la représentation qu’il a de son histoire.

    Livrer son histoire

    En acceptant la publication de son récit, il livre ainsi son histoire mise en mot et travaillée sur un temps plus ou moins long. Si, pour certains déportés, l’écriture du témoignage s’est faite d’une traite pour répondre à un besoin impérieux de parler, d’autres ont mis du temps avant de décider de publier leur histoire qui a pu être écrite une première fois dès leur retour des camps puis retravaillée au fil des années.

    Littérature et Histoire : un genre littéraire à part entière

    Les témoignages des déportés de la Deuxième Guerre mondiale forment un genre littéraire à part entière. La date de publication est importante puisque le témoignage est la restitution d’une mémoire à la fois individuelle et collective. Le moment dans lequel s’inscrit le témoignage nous informe sur les échanges éventuels entre l’individu et les divers discours qui l’entourent. L’étude comparée des mémoires des différents déportés aura donc une forte dimension temporelle. D’autant plus que le contexte dans lequel naît le témoignage et la volonté de le rendre public peuvent expliquer les motivations de son auteur : motivations personnelles, motivations liées à des polémiques ou à des événements sociaux importants. Les conditions sociales dans lesquelles émergent les témoignages influent aussi largement sur la qualité de l’écoute et de la réception qui leur sera donnée.

    Ecrire, résister, transmettre

    Sans doute, écrire était un moyen de résister pour les déportés. Ces écrits viennent aussi de leur envie de transmettre l’histoire vécue au nom des disparus, les survivants se sentant investis d’une responsabilité. Au fil des décennies, s’est mise en place une véritable politique mémorielle avec le vote de lois spécifiques et le devoir de ne pas oublier s’est incarné dans des lieux de mémoire. Comme le Camp de Gurs.

    Littérature et Histoire : tendre la main

    A mi-chemin entre l’Histoire et la Mémoire collective, les témoignages écrits tendent la main aux générations actuelles et futures. Rescapés des camps de la mort, chacun a sa propre histoire. Leur point commun, c’est qu’ils étaient les seuls à pouvoir écrire l’Histoire en 1945. Certains ont écrit, d’autres ne pouvaient pas pensant que le silence apaiserait la peine. Quelques-uns enfin auraient voulu témoigner… mais, à l’époque, qui était véritablement prêt à les écouter ? Le monde des hommes n’était pas préparé à croire à l’impensable. Il faudra de très longues années avant de mesurer l’ampleur du drame. Plus le temps passe, et plus les témoignages des survivants de l’impensable sont précieux. Ils ont résisté, écrit, transmis. A nous de regarder l’Histoire au fond des yeux, avec ses ombres, pour mieux apprécier la lumière. A nous de prendre le témoin.