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Après Le Monde selon Garp de John Irving, roman baroque sur les absurdités de l’existence, voici un autre Monde, bien réel celui-là : celui de Claude Blanchemaison. Ancien Ambassadeur de France, il n’a cessé de parcourir
la planète, de Moscou à Madrid, de Hanoï à New Delhi, observant les soubresauts de l’Histoire depuis les coulisses de la diplomatie. Mais à travers son dernier ouvrage, Fragments d’un parcours aventureux (Éditions Temporis, 2025), ce n’est pas seulement le diplomate qui se dévoile, mais un homme curieux, passionné et parfois malicieux, qui livre sa vision intime du Monde.
Porte ouverte sur un monde méconnu
Claude Blanchemaison ne déroule pas un récit linéaire, mais une mosaïque
d’instants. Chaque fragment est une porte ouverte : un souvenir, une rencontre, une réflexion. De « l’enfance dans la petite cité royale de Loches » (Fragment n°1) aux «Bons baisers de Russie » (Fragment n°20), l’ensemble compose un autoportrait en mouvement, où se mêlent lucidité et humour discret. On y croise des dirigeants, bien sûr, mais aussi des anonymes qui incarnent et colorent la vie quotidienne. Apparaît même son labrador indien dont Jacques Chirac demande des nouvelles.
Un homme à l’allure libre
Le choix du fragment est révélateur. Après tant d’années passées dans le langage codifié des télégrammes, l’ancien ambassadeur préfère une forme libre, vivante, faite de surprises et de détours. Là où tant de mémoires diplomatiques paraissent solennelles, presque figées, Claude Blanchemaison choisit une écriture légère et mobile. Ses fragments se lisent comme un voyage : un amour de Vietnam » (Fragment n°15), « un pas de côté au Bhoutan » (Fragment n°19), ou encore « faire de notre voisine, l’Espagne, une véritable alliée » (Fragment n°23). À chaque étape, le regard se déplace, s’élargit, s’approfondit.
Carnet de bord sensible
Le lecteur fait et défait ses valises avec lui, qui se définit comme un coureur de fond solitaire. Ce n’est pas un parcours officiel, mais un carnet de bord sensible. C’est ce qui fait la force de ce livre : montrer que la diplomatie, au fond, est aussi affaire de rencontres et d’instants partagés.
Un passage à une autre vie
« Fragments d’un parcours aventureux » se lit comme une traversée où l’on découvre les missions multiples d’un haut diplomate qui n’a jamais craint de déplaire, n’en déplaise à certains. Claude Blanchemaison n’offre pas une théorie des relations internationales. Il propose quelque chose de plus rare : l’art de raconter le Monde tel qu’il se vit, à hauteur d’homme. Et la dernière étape, « le passage à une autre vie, après 40 ans au service de l’État » (Fragment n°25), n’est pas une conclusion mais une ouverture : transformer un parcours officiel en mémoire partagée. Peut-être est-ce là, dans ces fragments, que se dessine la vraie diplomatie.
Lire « Fragments d’un parcours aventureux », c’est accepter de voyager sans carte. On s’y perd parfois, on s’y retrouve toujours. Comme lectrice, j’ai été frappée non seulement par la richesse des anecdotes, mais aussi par la sincérité d’un ton qui laisse place à l’humour et à l’émotion. Claude Blanchemaison écrit comme il a vécu : avec curiosité, intensité et cette part d’imprévisible qui fait de chaque détour une rencontre. Et c’est peut-être cela, au fond, qui touche le plus : la conviction qu’il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous.


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