Les voix du Camp de Gurs résonnent à Geüs d’Oloron

Direction Geüs d’Oloron, dans le département des Pyrénées-Atlantiques en région Nouvelle Aquitaine. Samedi 28 septembre, des bénévoles des villages de la vallée de Josbaig s’y sont retrouvés lors de la Pastorale qui a retracé l’histoire du camp de Gurs et de la vie en Béarn durant la Seconde Guerre mondiale. 150 jeunes, moins jeunes, actifs, retraités ont donné
ensemble un spectacle émouvant et vibrant. C’est la première fois que les locaux racontent l’histoire de ces années sombres. Devant plus de 1200 spectateurs.

Un spectacle au cœur de la mémoire collective

Le petit village de Geüs d’Oloron, habituellement paisible, s’est métamorphosé le temps d’une journée en un véritable théâtre en plein air. Plus qu’un simple spectacle, la Pastorale a réuni les habitants de la vallée autour d’un projet commun : faire revivre l’histoire du camp de Gurs, un lieu encore trop souvent méconnu, mais qui fut marqué par la tragédie et l’exil. Ce camp, construit en 1939 pour accueillir les réfugiés espagnols fuyant la guerre civile, est
devenu durant la Seconde Guerre mondiale un camp d’internement pour de nombreux juifs, résistants, et opposants politiques.


La Pastorale, cette forme de théâtre populaire typique du Pays-Basque, a été choisie pour transmettre cette histoire douloureuse. Le choix de cette forme d’expression n’est pas anodin : il s’agit d’une tradition ancrée dans la culture
souletine, où la communauté se retrouve pour évoquer les grands événements, mêlant chansons, récits et mises en scène théâtrales. Pour la première fois, cette tradition s’est penchée sur le camp de Gurs, mêlant la voix des anciens, la fougue des jeunes, et la sensibilité de ceux qui ont grandi avec les échos de ce passé silencieux.

Des acteurs locaux pour un récit authentique

Ce spectacle, imaginé et mis en scène par Dominique Lagrave, ancien maire de Préchacq-Josbaig, a pris forme après des mois de préparation et de répétitions. Dominique, membre de l’Amicale du Camp de Gurs et guide bénévole avait à cœur de transmettre de manière fédératrice cette histoire. Il lui aura fallu quatre années – Covid oblige – pour élaborer le scénario, écrire les dialogues et concevoir les décors. Aidé de Claude Parbaub à la mise en scène. Tout cela en accord avec Claude Laharie, historien reconnu pour ses travaux sur le camp de Gurs et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans le sud-ouest de la France.


Ils étaient 150 sur scène, mais derrière ce nombre, c’est tout un réseau de villages qui s’est mobilisé pour rendre ce projet possible. Les bénévoles ont travaillé main dans la main : les uns ont apporté leurs talents de comédiens
amateurs, d’autres ont prêté main forte pour la scénographie, les costumes, ou encore la recherche d’accessoires. Sans compter les deux chœurs,
les voix de Gurs et le Groupe Evada. Accompagnés au piano par Mélina Burlaud et par le ténor Gorka Robles Alegria. Claude Lacour, maire de Geüs d’Oloron à la voix off.


Pour Anaïs, une habitante de la vallée de Josbaig qui a participé à la Pastorale, l’émotion était palpable : « C’est la première fois que nous mettons en lumière cette partie de notre histoire. Nous avions tous entendu parler du camp, mais jamais nous n’avions vraiment partagé ces récits entre nous. Le spectacle nous a permis de redonner une voix à ceux qui ont vécu ces moments difficiles. » Les acteurs, de tous âges et de tous horizons, ont ainsi incarné non seulement les figures historiques des internés, mais aussi les habitants de l’époque, témoins silencieux ou acteurs discrets de ces événements.

Faire résonner l’histoire pour les nouvelles générations

La Pastorale a non seulement permis de mettre en avant l’histoire du camp de Gurs, mais elle a également eu un impact sur la transmission de la mémoire aux plus jeunes. De nombreux jeunes de la vallée ont pris part à la mise en
scène, découvrant ainsi une part de l’histoire locale très longtemps absente des manuels scolaires. « Participer à ce spectacle m’a fait comprendre l’importance de ne pas oublier », confie Valentin, 27 ans. « On pense que l’Histoire se passe loin de chez nous, mais en réalité, elle est aussi dans nos villages, dans nos familles. »


Cette Pastorale a donc joué un rôle clé dans la sensibilisation des nouvelles générations, tout en créant un pont entre les générations. Les jeunes acteurs ont travaillé avec les aînés, échangeant des anecdotes, apprenant les gestes et les chants traditionnels, mais surtout, redonnant vie à ces souvenirs qui semblaient s’effacer avec le temps. Le spectacle est ainsi devenu un véritable projet intergénérationnel, où chacun a trouvé sa place et apporté sa pierre à l’édifice.

Un hommage vibrant aux oubliés de l’Histoire

« Le bonheur s’écrit avec des pointillés et le malheur avec des traits ». Sur scène, les moments forts se sont enchaînés, entre rires et larmes, chacun des 16 tableaux retraçant une facette différente de l’histoire du camp et du contexte béarnais. Les 1200 spectateurs, constitué d’habitants locaux, mais aussi de visiteurs venus des quatre coins du département, a été transporté par la force des récits. La Retirada, la construction du camp, les témoignages des internés, le passage du Tour de France, le début de la guerre, les séparations des familles, l’école sous Pétain, les déportations des juifs, etc. Les moments tragiques mais aussi de solidarité et d’espoir, ont été rendus avec une justesse poignante. José de Sola, parrain du spectacle, interné à l’âge de sept ans au Camp de Gurs a pleuré pendant toute la représentation. « Pour moi, ce n’était pas du théâtre, c’est ma vie. »


La Pastorale a aussi mis en lumière le rôle complexe des habitants de la région pendant ces années sombres : certains ont aidé les internés, d’autres ont fermé les yeux par peur ou par indifférence. Ces choix, parfois douloureux
à évoquer, ont été traités avec sensibilité, sans jugement, mais avec la volonté d’amener le public à réfléchir sur la place de chacun dans de telles situations.

Un projet appelé à perdurer

Face au succès de cette première représentation, les organisateurs espèrent que le spectacle pourra voyager et toucher un plus large public. « Nous voulons continuer à raconter cette histoire, pour que personne n’oublie ce qu’il
s’est passé ici », explique Evelyne Garcia, membre du comité organisateur.


La Pastorale de Josbaig a donc réussi son pari : faire revivre l’histoire pour mieux la comprendre, et faire en sorte que, grâce à la force du théâtre et de
l’engagement collectif, le passé résonne encore dans le présent.


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