La littérature au service de l’Histoire

Quel est le lien entre la Littérature et l’Histoire ? Sont-elles les meilleures ennemies ou se complètent-elles ?
L’extermination massive des Juifs d’Europe, qu’on appelle holocauste ou en hébreu Shoah qui signifie catastrophe, est un des événements les plus marquants du XXe siècle. L‘horreur des camps de la mort a frappé la conscience et l’imaginaire collectifs de l ‘Occident. Dès la découverte des camps par les alliés en 1945, plusieurs penseurs et écrivains se sont questionnés à savoir comment on pouvait raconter et représenter cet événement si incompréhensible et indicible.
Le devoir de mémoire
La réflexion se poursuit et l’art a souvent pris différentes formes pour représenter l’événement. Le cinéma, pour sa part, s’est intéressé maintes fois à la Shoah, en effet nous n’avons qu’à penser à « La liste de Schindler » de Steven Spielberg. Du côté des arts visuels, il y a de nombreux artistes qui ont créé des œuvres et même des monuments à la mémoire de la Shoah tels que Christian Boltanski. Certains survivants des camps comme Primo Lévi ou Jorge Semprun ont eu recours à la littérature pour raconter leur histoire.
« Nous, les rescapés, nous sommes des témoins et tout témoin est tenu, même par la loi, de répondre de façon complète et véridique ». Primo Levi – Le devoir de mémoire
La Shoah, événement intime et historique
Il est intéressant de regarder de près la production littéraire des témoins pour comprendre la façon dont ils rendent compte de la Shoah, événement à la fois intime et historique. En effet, le témoignage écrit, réalisé sur le long terme, permet d’étudier la représentation du passé de l’individu qui témoigne, par le choix des mots et la construction du récit. Le support écrit permet au témoin de revenir sur son témoignage, de le retravailler afin qu’il corresponde au mieux à la représentation qu’il a de son histoire.
Livrer son histoire
En acceptant la publication de son récit, il livre ainsi son histoire mise en mot et travaillée sur un temps plus ou moins long. Si, pour certains déportés, l’écriture du témoignage s’est faite d’une traite pour répondre à un besoin impérieux de parler, d’autres ont mis du temps avant de décider de publier leur histoire qui a pu être écrite une première fois dès leur retour des camps puis retravaillée au fil des années.
Littérature et Histoire : un genre littéraire à part entière
Les témoignages des déportés de la Deuxième Guerre mondiale forment un genre littéraire à part entière. La date de publication est importante puisque le témoignage est la restitution d’une mémoire à la fois individuelle et collective. Le moment dans lequel s’inscrit le témoignage nous informe sur les échanges éventuels entre l’individu et les divers discours qui l’entourent. L’étude comparée des mémoires des différents déportés aura donc une forte dimension temporelle. D’autant plus que le contexte dans lequel naît le témoignage et la volonté de le rendre public peuvent expliquer les motivations de son auteur : motivations personnelles, motivations liées à des polémiques ou à des événements sociaux importants. Les conditions sociales dans lesquelles émergent les témoignages influent aussi largement sur la qualité de l’écoute et de la réception qui leur sera donnée.
Ecrire, résister, transmettre
Sans doute, écrire était un moyen de résister pour les déportés. Ces écrits viennent aussi de leur envie de transmettre l’histoire vécue au nom des disparus, les survivants se sentant investis d’une responsabilité. Au fil des décennies, s’est mise en place une véritable politique mémorielle avec le vote de lois spécifiques et le devoir de ne pas oublier s’est incarné dans des lieux de mémoire. Comme le Camp de Gurs.
Littérature et Histoire : tendre la main
A mi-chemin entre l’Histoire et la Mémoire collective, les témoignages écrits tendent la main aux générations actuelles et futures. Rescapés des camps de la mort, chacun a sa propre histoire. Leur point commun, c’est qu’ils étaient les seuls à pouvoir écrire l’Histoire en 1945. Certains ont écrit, d’autres ne pouvaient pas pensant que le silence apaiserait la peine. Quelques-uns enfin auraient voulu témoigner… mais, à l’époque, qui était véritablement prêt à les écouter ? Le monde des hommes n’était pas préparé à croire à l’impensable. Il faudra de très longues années avant de mesurer l’ampleur du drame. Plus le temps passe, et plus les témoignages des survivants de l’impensable sont précieux. Ils ont résisté, écrit, transmis. A nous de regarder l’Histoire au fond des yeux, avec ses ombres, pour mieux apprécier la lumière. A nous de prendre le témoin.


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